Liste INCI : apprendre à lire l'étiquette de vos cosmétiques

Par Thomas Arnoux · Publié le

Gros plan sur le dos d'un tube de crème tenu entre deux mains au-dessus d'une table en bois, liste d'ingrédients floutée tournée vers l'objectif

Retournez n’importe quel tube de crème : vous tomberez sur une liste de mots en latin et en anglais, imprimés en petit, que presque personne ne lit. C’est pourtant la partie la plus honnête de l’emballage. Cette liste, dite INCI, obéit à des règles précises fixées par la réglementation européenne, et quelques repères suffisent pour en tirer l’essentiel. Ce guide vous les donne, sources officielles à l’appui.

Ce que l’étiquette d’un cosmétique doit obligatoirement afficher

Commençons par le cadre. En Europe, l’étiquetage des cosmétiques n’est pas laissé à la fantaisie des marques : la répression des fraudes (DGCCRF) détaille dans sa fiche pratique sur l’étiquetage des produits cosmétiques les mentions qui doivent figurer sur l’emballage. On y trouve notamment la liste des ingrédients, la quantité de produit, les précautions d’emploi, les coordonnées d’une personne responsable à contacter, ainsi que les indications de durabilité du produit. Autrement dit : tout ce qui vous permet de savoir ce que vous achetez, à qui vous adresser en cas de problème et combien de temps utiliser le produit.

En France, ce marché est surveillé conjointement par la DGCCRF et par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui publie de son côté des recommandations par familles de produits : protection solaire, colorations capillaires, produits pour enfants. Un cosmétique vendu légalement en France n’est donc pas un produit sorti de nulle part ; il s’inscrit dans un cadre contrôlé, et son étiquette en est la vitrine réglementaire.

La liste INCI : trois règles pour la décoder

Règle 1 : les ingrédients sont classés par ordre décroissant

INCI signifie « International Nomenclature of Cosmetic Ingredients » : une nomenclature internationale qui permet de désigner chaque ingrédient par un nom unique, identique dans tous les pays. La liste commence par le mot « Ingredients » et énumère les composants dans l’ordre décroissant de leur importance dans la formule, comme le rappelle la fiche de la DGCCRF citée plus haut. Concrètement, les premiers ingrédients constituent l’essentiel du produit ; c’est souvent l’eau (« Aqua ») qui ouvre la liste des émulsions. Un actif vanté en gros sur la face avant mais relégué en toute fin de liste est présent en très petite quantité : la liste INCI ne donne pas les pourcentages, mais l’ordre, lui, ne ment pas.

Règle 2 : latin pour le naturel, anglais pour le reste

Par convention, les ingrédients d’origine végétale apparaissent sous leur nom botanique latin (« Butyrospermum parkii » pour le beurre de karité), tandis que les molécules issues de la transformation portent des noms techniques anglais (« Sodium laureth sulfate »). Ce simple repère permet déjà de se faire une idée de la nature d’une formule. Pour aller plus loin sur un ingrédient précis, la Commission européenne met à disposition CosIng, sa base de données publique des ingrédients cosmétiques : on peut y chercher n’importe quel nom INCI et consulter ses fonctions référencées ainsi que les éventuelles restrictions réglementaires qui s’y attachent. C’est l’outil qu’utilise notre rédaction pour vérifier un composant.

Règle 3 : les allergènes et les nanomatériaux sont signalés

Certaines substances parfumantes reconnues comme allergènes doivent être mentionnées nommément dans la liste, au-delà d’un certain seuil : c’est pour cela que vous voyez apparaître des noms comme « Linalool » ou « Limonene » en fin de liste. De même, les ingrédients présents sous forme de nanomatériaux sont suivis de la mention « [nano] ». Ces signalements, prévus par la réglementation européenne et rappelés par la DGCCRF, existent pour permettre aux personnes concernées d’éviter ce qu’elles souhaitent éviter, sans avoir à deviner.

PAO et durabilité : les deux logos qui datent votre produit

L’étiquette répond aussi à la question « jusqu’à quand ? ». Deux cas de figure existent. Si le produit se conserve moins de 30 mois, il porte une date de durabilité minimale, signalée par un sablier. S’il se conserve plus de 30 mois, il affiche à la place une période après ouverture, la fameuse PAO : un petit pot ouvert accompagné d’un nombre de mois (« 12 M » par exemple), qui indique combien de temps le produit reste conforme après sa première ouverture. Ce système est décrit dans les recommandations de l’ANSM citées plus haut. En pratique, notez au marqueur la date d’ouverture sur vos produits ; c’est le seul moyen réaliste de respecter la PAO d’un pot entamé, en particulier pour les produits appliqués près des yeux, dont nous reparlons dans notre article sur le démaquillage du soir.

Les allégations « sans » et autres promesses de façade

Reste la face avant de l’emballage, celle des promesses. Là aussi, un cadre existe : depuis un règlement européen de 2013, les allégations des cosmétiques doivent répondre à des critères communs, parmi lesquels la véracité et le fait de reposer sur des preuves. La DGCCRF consacre une fiche entière aux allégations « sans » dans les produits cosmétiques, ces mentions « sans paraben » ou « sans sulfate » devenues des arguments de vente : les autorités de contrôle y précisent dans quels cas elles sont admises et rappellent qu’une allégation ne doit pas dénigrer des ingrédients pourtant autorisés. Quant au terme « hypoallergénique », il suppose que le produit a été conçu pour minimiser son potentiel allergisant et que le fabricant puisse le prouver ; ce n’est en aucun cas une garantie d’absence de réaction.

La conclusion pratique est simple : accordez plus de crédit au dos de l’emballage qu’à sa face avant. Un « 95 % d’ingrédients d’origine naturelle » se vérifie dans la liste INCI ; un « testé dermatologiquement » ne vous dit ni par qui, ni avec quel résultat.

Mettre tout cela en pratique, sans en faire une obsession

Savoir lire une étiquette ne signifie pas passer une heure au rayon hygiène. Pour un achat courant, trois vérifications suffisent : les cinq premiers ingrédients pour connaître la base de la formule, la PAO pour savoir combien de temps vous pourrez l’utiliser, et les précautions d’emploi si le produit en comporte. Ces réflexes s’appliquent à tous vos produits, de la crème du matin décrite dans notre guide de la routine visage matin et soir jusqu’aux produits de douche, dont la composition sépare justement les deux camps de notre comparatif savon solide ou gel douche. Les produits capillaires n’y échappent pas non plus : la liste INCI d’un shampoing en dit long sur sa douceur, un point qui compte au moment de choisir votre rythme de lavage, comme nous l’expliquons dans notre article sur la fréquence de lavage des cheveux.

Ces trois vérifications ont un effet secondaire appréciable : elles neutralisent une bonne partie du théâtre marketing. Deux crèmes dont les listes INCI commencent par les mêmes cinq ingrédients sont des produits proches, quel que soit l’écart de prix entre elles ; à l’inverse, deux flacons au packaging jumeau peuvent abriter des formules très différentes. Prenez aussi l’habitude de comparer le prix au litre ou au kilo, affiché en rayon : rapporté à la quantité réellement contenue, le classement des produits réserve souvent des surprises.

Un dernier mot sur les applications de scan, très populaires : elles peuvent aider à repérer un ingrédient, mais leurs notes agrègent des choix méthodologiques qui leur appartiennent. Quand une note vous étonne, revenez à la source : la liste INCI elle-même, et la base CosIng pour vérifier un ingrédient précis. L’étiquette est le seul document que la marque est légalement tenue de rendre exact ; c’est pour cela qu’elle restera toujours votre meilleure alliée.

Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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